Tourisme en Auvergne - Vacances et Loisirs

 

  Haute-Loire :

Monastier sur Gazeille

 Infos

 

Dictons auvergnats !

Avril fait la fleur,

Mai en a l'honneur.

Les Pétaros des Volcans sont sur Facebook

Pour découvrir plus d'infos proposées par les Pétaros via Facebook,

Création de la page : décembre-2015

Mise à jour de la page : 13-02-2016

2 - Epreuves  d'endurance

2 - 1   Le Tour de France

 

 

 

 

    3ème édition  * 1924 *

 

 

 

Etape 1

Paris - Lille

 

Etape 4

Lyon - Marseille

 

Etape 7

Bordeaux - Le Mans

 

 

Etape 2

Lille - Strasbourg

 

Etape 5

Marseille - Toulouse

 

Etape 8

Le Mans - Paris

 

Etape 3

Strasbourg - Lyon

 

Etape 6

Toulouse - Bordeaux

 

Fin

Commentaires

 

 

Paris Soir, article du 5 mai 1924

Annonce du tour de France automobile et motocycliste 1924 Source Gallica

Le départ

 

Quatre heures du matin : une pétarade inaccoutumée fait retentir les abords de la porte Maillot d'échos où l'échappement libre a bien son mot à dire... De toutes les directions arrivent des cyclecars, des voitures dont les phares trouent le reste de nuit qui peu à peu remonte vers le ciel : un à un. Les concurrents du troisième Tour de France automobile et motocycliste rejoignent le contrôle de départ d'où ils vont tout à l'heure prendre leur élan vers... Lille, but de la première étape.

Au fur et à mesure que le temps passe, l'animation grandit : le bruit aussi. Celui des moteurs n'est pas le seul, et l'on entend tout proches les flonflons d'orchestre du restaurant voisin : "Noces et banquets". Un bal de nuit y expire dans la fraîcheur matinale, et par petits groupes les danseurs sortent.

L'attente du premier métro leur laisse des loisirs, et c'est une occasion pour eux de s'intéresser au "Tour" automobile. Jeunes gens aux traits quelque peu tirés, jeunes filles en fleurs... un peu défréchies et à qui le grand jour ne vaut décidément rien contemplent les machines qui vont partir pour la grande randonnée. Les uns et les autres sont coiffés, pour la plupart, de ces casques de papier cocasses qui figurent dans tous les cotillons respectables et le contraste est amusant de ces coiffures grotesques avec les serre-tête de cuir impeccables, cuirassés de lunettes de route, des motocyclistes et automobilistes de la grande randonnée.

Ceux-ci s'alignent en bon ordre, sous la direction des commissaires de l'Auto et du MCF qui dirigent le contrôle ; le président Sénéchal Marius Hamon, le dévoué secrétaire Collin, d'autres encore font ranger les partants, et dans le jour tout à fait venu maintenant, l'on distingue en file les voitures, puis les cyclecars, les sidecars et les motos, minute d'émotion : il manque deux cyclecars ! Appel et contre-appel : pendant qu'on les attend à un bout, nos deux hommes arrivent par l'autre. Les organisateurs respirent.

Ce sont désormais les dernières minutes. Voici notre bon camarade Fareux, avec un petit chapeau de toile qui ne vaut pas son casque colonnial, son collaborateur Berson, mal réveillé et par conséquent hargneux : à coté de lui, les enragés chronomètreurs officiels Bazin et Legrain se regardent sans rire, avec l'air tout à fait frigorifiés.

Cinq heures ! Je pense aux lecteurs de "Paris-Soir" qui sont confortablement enfoncés dans leurs draps tièdes... Mais comment se plaindre lorsqu'on voit la tête des danseurs, déjà nommés plus haut, qui font la foule. Bazin fait un geste digne du départ d'un grand prix de vitesse et, d'un seul coup, la carvanne s'ébranle. Comme d'habitude, il en est qui ne partent pas : il y a ceux qui calent le moteur au démarrage, ceux qui n'ont pas fini d'embrasser leurs amis, ceux qui ne sont pas pressés.. Il y a aussi les voitures des officiels et des suiveurs où l'on essaie, une fois de plus de caser confortablement les bagages et de résoudre l'irritant problème d'introduire un contenu immense dans un contenant réduit.

C'est ainsi que, ce matin, sont partis les 38 concurrents qui prennent part cette année,  au Tour de France Automobile et 

 

 

Motocycliste. Ils gagnent Boulogne-sur-mer, où se fait le déjeuner, et on remarquera que c'est déjà un beau ruban de route. A l'heure où paraîtront ces lignes ils seront repartis pour gagner Lille, où ils couchent ce soir. Puisse le temps tenir ses promesses du matin et la route leur être douce et bonne.

Henry Dudon

 

Les partants

 

Voici la liste des concurrents, qui ont pris ce matin, le départ du Tour Automobile et Motocycliste :

Motos 175 cmc - 1. Rovin (Raoul), 2. Rovin (Chéret)

Motos 250 cmc - 6. Soyer (Bignon), 7. Soyer (Favard)

Motos 350 cmc - 11.Gillet Herstal (Reynartz), 12. Gillet Herstal ( Hufkens), 13. DFR (Pierre), 14. DFR (Stanton), 16. BSA (Contant), 17. BT (O Lambert)

Motos 500 cmc - 22. Gnome et Rhone (Nans), 23. Gnome et Rhone (Bernard), 24. BSA (Berrenger)

Motos 750 cmc - 29. Triumph (Pinney)

Sidecars 350 cmc - 37. DFR (Dubost), 42. Gillet Herstal (Gheude), 43. Gillet Herstal (Guiguet)

Sidecars 1000 cmc - 46. Harley Davidson (Vulliamy)

Cyclecars 750 cmc -  59. Peugeot (Césure), 60. Peugeot (Camuset), 61. Peugeot (Laville), 62. Peugeot (Baurens)

Cyclecars 1100 cmc - 66. BNC (Gubernatis), 67. BNC (Lejeune)

Voitures jusqu'à 1100 cmc - 73. La Ponette (Frauville), 74. Peugeot (E. Morillon), 75. Peugeot (Charton), 76 SARA (Marandez), 77. SARA (Erb), 78. BNC (Egar), 79. Antony (Delzenne), 80. Kevali (Robert)

Voitures de 1100 à 1500 cmc - 82 Alba (Paul Roret), 83. Alba (G. Haron), 85. FD (Desprez)

Voitures 1 litre 500 à 2 litres - 91. Hurtu (Duval), 92. Bignan (Ph de Marne), 93. Bignan (Ledure)

 

Le calendrier du Tour

 

Voici le résumé des étapes du Tour, dont nous publions au jour le jour l'horaire et le parcours détaillé :

4 mai  (1ère étape) - Paris, Boulogne, Lille

6 mai (2ème étape) - Lille, Verdun, Strasbourg

8 mai (3ème étape) - Strasbourg, Besançon, Lyon

10 mai (4ème étape) - Lyon, Nice, Marseille (pour les véhicules des 16e et 18e catégories, cyclecars 750 cmc et 1100 cmc et les voitures)

Lyon, Digne, Marseille (pour les véhicules de toutes les autres catégories)

12 mai (5ème étape) - Marseille, Béziers, Toulouse

14 mai (6ème étape) - Toulouse, Bayonne, Bordeaux,

18 mai (7ème étape) - Bordeaux, Nantes, Le Mans

20 mai (8ème étape) - Le Mans, Dreux, Rambouillet (épreuve encadrée de Rambouillet à Paris)

Chaque étape est suivie d'une exposition des machines, le lendemain dans la ville terminus.

 

* * *

Paris Soir, article du 6 mai 1924

Le Tour de France - Etape 1

Itinéraire étape 1 En complément du texte, itinéraire à vérifier !

La première étape du Tour de France Automobile et Motocycliste a eu lieu hier dimanche.

Elle comportait nous l'avons dit, le parcours Paris-Lille par Boulogne-sur-mer et Calais, soit 380 kilomètres. C'est l'une des étapes les plus courtes de l'épreuve et elle s'est révélée comme une des plus faciles, en dépit des routes parfois exécrables.

En général, elle s'est bien passée et n'a pas amené de "punitions" trop sévères.

 

Dans le clan des motocyclettes, tous les véhicules ont atteint le terminus de l'étape sans pénalisation, y compris les petites motos de 175 cmc du sportif constructeur Raoul de Rovin, qui n'a pas hésité à affronter cette rude compétition et qui, d'ailleurs, pilote lui-même, une de ses machines en remplacement de son coureur habituel Lezin qu'un accident récent a empêché de prendre le départ.

Pour les voitures, le réglement de l'épreuve n'est pas tout à fait le même. Au lieu de se voir infliger des points de pénalisation, les voitures qui accomplissent le parcours à la moyenne imposée se voient attribuer un nombre de points égal au kilométrage de l'étape : à celles qui sont en retard, on retire autant de points qu'elles ont de minutes de de retard.

C'est ainsi que l'étape d'hier qui comportait 380 kilomètres, valait 380 points à chaque voiture ; toutes les ont obtenues à l'exception des deux Abba. Celle de Roret avait perdu 25 points à Boulogne, celle de Hatton 28 points ; ce dernier a touché Lille sans nouveau dommage, mais son co-équipier a augmenté son retard au cours de la seconde demi-étape, tous deux ont eu des ennuis de bougies répétés.

Somme toute, on le voit, la première étape s'est bien passée pour tout le monde, ou presque.

Mais il faut se garder d'en conclure que le bon temps va continuer. Rien n'est encore accompli des difficultés qui attendent les "Tour de France" et ceux-ci vont avoir à connaître les étapes interminables, les routes défoncées et peu à peu la fatigue croissante. Quoi qu'il en soit, les 38 véhicules partis de Paris sont encore en course. 

 

L'organisation du Tour, où se combinent les efforts du Motocycle Club de France et de notre confrère l'Auto, se révèle excellente. L'épreuve à peine commencée a déjà connu un remarquable succès. C'est ainsi que partout, dans les contrôles, et spécialement à Boulogne-sur-mer, un public nombreux a entouré les machines.

 

Aujourd'hui lundi, c'est repos pour la caravane et exposition des véhicules au parc fermé de Lille.

Les concurrents en partiront demain matin, au jour levant, à 4 heures, pour gagner Strasbourg, où ils seront demain soir vers 18 heures.

La seconde étape passera par Douai, Cambrai, Hirson, Charleville, Sedan, Verdun, Metz et Strasbourg, comptant au total 500 kilomètres, c'est l'une des plus longues du Tour de France, et la résistance des concurrents y sera durement mise à l'épreuve.

- Henry Dudon.

* * *

Paris Soir, article du 7 mai 1924

Le Tour de France - Etape 2

Etape 3 du tour de France automobile et motocycliste 1924 En complément du texte, itinéraire à vérifier !

Les concurrents du Tour de France automobile et motocycliste, aujourd'hui mardi, accomplissent la seconde étape de leur grande randonnée : Lille - Strasbourg. C'est encore un beau ruban de route puisque cette étape ne comporte pas moins de 512 kilomètres.

Les 37 machines restant en course (une des voitures Alba ayant été mise hors course dans la première étape pour n'avoir pu toucher le contrôle d'arrivée dans les délais réglementaires) ont quitté Lille ce matin à 4 heures : par Cambrai, Hirson, Charleville, Mézières et Sedan, ils ont gagné Verdun où les premiers sont arrivés vers 9 heures, ayant abattu 283 kilomètres. Après le déjeuner qui était pris dans cette ville, ils sont repartis par Metz, Château-Salins et Saverne pour Strasbourg, où ils doivent arriver vers 19 heures.

 

**

La situation des concurrents au départ de la seconde étape est des plus simples ; les 24 motos et cyclecars ayant pris le départ sont encore en course et tous sans pénalisation. Sur les 14 voitures parties de Paris, une a abandonnée comme nous venons de le dire, et sur les 13 qui restent, 12 qui n'ont pas de pénalisation comptent un actif de 380 points. Seule la seconde Alba, de Hatton, qui a atteint Lille en retard, ne compte que 252 points.

Quelle sera la situation ce soir à Strasbourg ?

Il est encore trop tôt pour le présumer. Mais l'étape est longue et certains concurrents seront à l'ouvrage. Nous verrons demain ce qu'ils ont pu faire.

 

**

Signalons qu'à la demande de certains concurrents, les organisateurs ont pris la sage mesure de retarder quelque peu certains départs prévus en pleine nuit. Outre le fait que toutes les machines n'ont pas l'éclairage nécessaire pour faire 5 heures de parcours nocturne, ce dernier augmente les difficultés pour les petites cylindrées dont les moyennes sont plus faibles. Ces "départs de minuit" prévus à Lyon et à Bordeaux auront donc lieu...à 4 heures du matin, et tout le monde s'en félicite dans la petite caravane qui accomplit le Tour des véhicules à moteur.

- Henry Dudon

* * *

Paris Soir, article du 8 mai 1924

La journée d'hier mardi a vu se courir la seconde étape du Tour Automobile et Motocycliste, qui comportait le parcours Lille-Starsbourg par Verdun, soit 512 kilomètres.

Etape difficile : commencée en pleine nuit à 4 heures du matin, elle a connu d'abord le froid et le vent aigre qui s'est prolongé dans la matinée ; puis le beau temps qui malgré tout accompagna les concurrents, a fait place à la pluie, et c'est celle-ci qui a accueilli les derniers arrivants à Strasbourg.

Au point de vue de l'itinéraire, le parcours n'était pas meilleur : il comportait d'abord les durs pavés du nord sur lesquels se dispute chaque année le "circuit des routes pavées", le bien nommé, puis ceux du Cambrésis qui sont peut être pires encore et où les routes sont coupées de rechargements.

Pourtant tous les concurrents restant dans la compétition, au nombre de 37, ont touché Strasbourg dans les délais réglementaires. Aucun d'eux n'a subi la moindre pénalisation mécanique, et un tel résultat sur une étape aussi difficile constitue un éloquent testimonial de la qualité des machines en course. Un seul motocycliste, le coureur belge Gheude, a été pénalisé de 49 points pour retard horaire à la suite d'inonbrables creuvaisons.

Aujourd'hui, les concurrents sont à Strasbourg où ils jouissent d'un jour de repos inter-étape. Leurs machines sont exposées au public au garage Pietri, faubourg de Pierre. Ils en repartiront demain jeudi à 5 heures du matin pour regagner Lyon, but de la troisième étape, où ils arriveront vers 18 heures après avoir déjeuné à Besançon et accompli 442 kilomètres. Ils auront ainsi depuis le départ fait 1334 km, soit environ le tiers des 3800 et quelques kilomètres que comporte le "Tour".

- Henry Dudon

 

* * *

Paris Soir, article du 9 mai 1924

Le Tour de France - Etape 3

Etape 3 Strasbourg-Lyon Parcours de l'étape 3, Strasbourg - Lyon

Les concurrents du Tour de France automobile et motocycliste, toujours au complet ou presque puisqu'aucun abandon ne s'est produit en dehors de celui que nous avons signalé, soit 37 véhicules, ont quitté ce matin Strasbourg pour gagner Lyon où ils feront étape ce soir. A ce moment, ils auront à leur actif un peu plus de 1300 kilomètres et auront abattu le tiers du parcours qui leur est imposé ; c'est à dire que la tâche est loin d'être terminée encore, et au surplus elle a commencé par la partie la moins difficile. Mais bientôt vont arriver les longues étapes de 600 kilomètres, les parcours des montagnes, les routes poussièreuses du Midi, qui l'an dernier ont tant fait souffrir les hommes. Avant qu'ils en soient là, et pour le moment ils ont la pluie. Le beau temps qui s'était maintenu jusqu'à Strasbourg n'a pas persisté, et c'est dans de pénibles conditions que motos, cyclecars et voitures sont partis ce matin pour la troisième étape.

Celle-ci, qui comporte 442 kilomètres, va de Strasbourg à Besançon, d'abord par Colmar, Belfort et Beaume-les-Dames ; c'est à Besançon où les premiers sont arrivés à 9 h 30, qu'a eu lieu le déjeuner de demi-étape. Puis les concurrents sont repartis par Poligny, Lons-le-Saulnier et Bourg-en-Bresse, pour Lyon où l'arrivée se fait ce soir vers 18 heures. Les machines seront là, mises comme à chaque étape, en parc fermé au garage de l'hotel Lugdunum, où le public pourra les visiter demain vendredi.

Nous avons dit que la seconde étape, de Lille à Starsbourg n'avait amené qu'une seule pénalisation horaire : 49 points au "bénéfice" du pilote belge Gheude, victime de plusieurs crevaisons. Mais il y a eu les pénalisations mécaniques ... Les commissaires, en effet, ont profité du parc fermé strasbourgeois pour passer une sérieuse revue des machines (du moins de celles qui comptent parmi les motocyclettes, car pour les voitures il n'y a pas de pénalisations de cet ordre).

L'examen a amené trois "condamnations". C'est d'abord le pauvre Gheude, déjà nommé qui a une rupture de son cadre de side-car, à l'attache de la fusée qui lui vaut 100 points : conséquence plus grave : Gheude a pu repartir, mais il serait risqué de supposer qu'il pourra aller bien loin, et l'excellent pilote belge pourrait se voir, avant peu, contraint à d'abandonner.

Les deux autres victimes de la seconde étape sont Lejeune et Gubernatis, dont les deux cyclecars ont connu le même accident : l'extrêmité d'un longeron fendue au point d'attache d'un boulon d'aile. C'est bénin, çà n'affecte en rien la marche des machines qui du reste continuent aussi allègrement que par le passé, c'est en un mot une conséquence absurde du mauvais état des routes du début. Mais ça coûte 200 points de pénalisation aux deux excellents BNC.

Sans doute la chose est réglementaire, et on ne peut rien dire là contre. Mais c'est la preuve qu'un réglement, si étudié soit-il, est bien difficile à réaliser de façon parfaite.

Quand on pense que si les deux machines en question se bornant à peser quelques kilos de plus pour dépasser le chiffre fatidique de 350 kilos, avaient couru comme voiturettes, elles seraient encore vierges de punition et auraient évité cette pénalisation excessive, on conclut obligatoirement qu'il faudra, pour les prochaines éditions de la grande épreuve, mieux harmoniser les peines et les ennuis.

- Henry Dudon

 

* * *

Paris Soir, article du 11 mai 1924

Le Tour de France - Etape 4

Tour de France automobile et motocycliste de 1924 - étape 4 Etape 4, itinéraire à vérifier (Brignoles-Marseille)

En route pour Marseille, par 660 kilomètres de route et les cols alpestres : telle est la situation des 37 concurrents, qui toujours en nombre égal, ont entrepris ce matin la quatrième étape du Tour de France et ont quitté Lyon pour gagner Marseille, où ils coucheront ce soir.

"Méchante" étape à tous les points de vue : longue de 447 kilomètres pour les motos et sidecars qui passent par Dignes et Aix, et de 660 kilomètres pour les voitures et cyclecars qui, à partir de Digne, font un vaste crochet par... Nice, pour rentrer ensuite à Marseille par la route de Brignoles, l'étape en question comporte pour les uns comme pour les autres l'escalade des rudes cols alpestres avec leur rampes prolongées et leurs virages difficiles.

Aussi, peut-on dire, semble-t-il, que ceux qui en réchapperont auront donné déjà leur mesure.

N'oublions pas pourtant que le parcours accompli, n'atteindra encore à Marseille, que 2200 kilomètres. La première moitié est largement faite, mais les 1600 kilomètres qui demeurent à accomplir ne sont pas rien non plus.

Ils prendront de plus en plus d'importance au fur et à mesure de la fatigue croissante des hommes et des machines. Si les premiers continuent sans paraître autrement affectés des difficultés de la course, certains des secondes donnent des petits signes de défaillance. C'est ainsi qu'après les pénalisations dont nous avons parlé ici, il nous faut aujourd'hui enregistrer 100 points qu'a récolté à Lyon l'excellent Vuilliamy, avec son cadre fendu. C'est la seule, mais elle affecte un remarquable champion, et c'est dommage.

Encore pourra-t-on admettre que ce dernier a eu tord de partir avec un cadre sur lequel il a couru cette saison à plusieurs reprises, et que les brillantes conditions dans lesquelles il a généralement triomphé n'ont pas ménagé...

Partir dans de telles conditions était aléatoire, surtout avec les routes actuelles.

C'est une constatation remarquable en effet que les seuls concurrents pénalisés jusqu'à ce jour l'ont été non point en raison de défaillances de leur moteur ou de leurs parties purement mécaniques, mais bien de leurs organes grossiers : suspensions, cadre, ailes etc...Ceci confirme bien, une fois de plus, la thèse que nous avons soutenue à maintes reprises : les moteurs, les embrayages, les boites de vitesses se sont si bien perfectionnés qu'ils constituent désormais une fabrication impeccable. Mais le reste : ressorts, cadres etc..., la ferraille en un mot n'a pas suivi.

C'est dans ce sens qu'il faudra songer désormais à faire progresser les engins modernes, spécialement les motocycles. Car il serait puéril d'attendre les bonnes routes, et on l'a dit avant nous par une formule saisissante : "puisque la route ne vient pas à nous, allons à elle."

Ce sera et je crois que nous aurons à le répéter d'ici sa fin, la moralité technique de ce 3e Tour de France.

- Henry Dudon-

 

* * *

Paris Soir, article du 12 mai 1924

La quatrième étape du Tour de France motocycliste et automobile, qui comportait le parcours Lyon-Marseille par Digne pour les motos et par Digne et Nice pour les voitures, a amputé la caravane de trois concurrents, si bien que 34 seulement restent en course.

Les trois victimes de cette belle "méchante" étape sont du côté des motocycles, Gheude et Vuilliamy. On se souvient peut-être que tous deux avaient déjà subi des pénalisations au cours des journées précédentes : la dernière leur a été fatale.

En voiture, c'est Philippe de Marne qui reste sur le carreau, avec son carter moteur crevé au début de l'étape par une malheureuse rencontre avec une pierre, alors qu'il faisait encore nuit.

Voilà un abandon qui peinera tout le monde, car de Marne, excellent conducteur, coureur sûr et adroit, charmant camarade par surcroit, pilotait une machine pour qui le Tour était aisément possible et dont la belle tenue jusqu'ici avait gagné le droit de finir.

Et puis l'excellent Philippe, fort apprécié par sa courtoisie, l'était aussi à un autre titre des concurrents motocyclistes, car il transportait dans sa quatre places une grande partie des bagages de ceux qui montés seulement sur deux roues, eussent été sans lui fort embarrassés.

L'étape d'hier s'est terminée très tard dans la soirée en raison de sa longueur même.

C'est dire que la visite des machines ne peut se faire qu'aujourd'hui lorsque tout le monde aura dormi, et que par suite nous ne sommes pas encore en possession des pénalités mécaniques qui auront pu être encourues durant la plus pénible étape du Tour.

Entre Lyon et Marseille, tous les concurrents eurent plus ou moins à souffrir des crevaisons répétées : ils trouvèrent souvent aussi des routes alpestres encombrées par des bestiaux variés... Certes oui, le code de la route n'est pas encore complètement entré dans les moeurs rurales ! Motocyclistes et automobilistes ont donc tous bien gagné la journée de repos qui leur est accordée à Marseille.

Demain, ils en repartiront à 5 heures du matin pour entamer le chemin du retour et gagner Toulouse par Béziers. 407 kilomètres seulement et pas de difficultés considérables : la cinquième étape sera sans doute une oasis entre la précédente et la sixième, qui leur permettra de savourer les cols pyrénéens.

- Henry Dudon.

 

* * *

Paris Soir, article du 14 mai 1924

Le Tour de France - Etape 5

Le Tour de France des véhicules à moteurs s'est poursuivi hier par la 5ème étape, Marseille - Toulouse.

Facile par son parcours relativement réduit qui ne comportait que 407 kilomètres, mais compliquée par le mauvais état des routes, spécialement entre Béziers et Carcassonne, l'étape a été cependant assez dure, et d'autant plus que les concurrents ont eu à souffrir du soleil excessif et de la poussière. Pourtant tout, en général, s'est bien passé. Sur les 34 partants de Marseille, 33 sont arrivés à Toulouse sans pénalisation horaire.

La seule voiture manquante est l'Alba de Hatton, qui a abandonné avec des ennuis de soupapes.

 

La situation du Tour est donc la suivante : sur 38 véhicules partis de Paris, 33 sont à Toulouse prêts à entamer la sixième étape. Les abandons sont ceux des deux sidecars (Gheude et Vuilliamy) et les trois voitures (Roret, Hatton et de Marne).

En outre deux concurrents sont pénalisés, Lejeune et Gubernatis, chacun de 200 points, mais continuent cependant sans autres ennuis. Le tout sous entendu, sous réserve de pénalisations mécaniques qui pourraient être découvertes aujourd'hui lorsque les commissaires passeront la visite des machines au parc fermé.

Bignon, Bernard et Lambert, en motocyclettes, ont fait des chutes heureusement sans gravité, et qui ne les ont pas empêchés d'arriver à Toulouse dans les délais.

 

En résumé, en dépit de la fatigue des étapes précédentes qui se font à la longue sentir sur les hommes et parfois les machines, l'épreuve se poursuit dans les meilleures conditions.

Aujourd'hui, mardi, les rescapés du Tour se sont reposés à Toulouse, où ils sont presque aux deux tiers du parcours. Le parc fermé est installé à la Halle aux grains, où un nombreux public n'a cessé d'entourer les machines. Ils repartiront demain à 4 heures du matin de la cité des violettes pour gagner Bordeaux, but de la 5ème étape.

 

Celle-ci n'est pas des plus faciles, car elle fait un crochet... par Bayonne, ce qui lui donne une longueur de 488 kilomètres, et passe par Saint-Gaudens, Tarbes, Pau, Orthez, puis, arrivés dans la grande cité girondine, les "Tour de France" n'auront plus qu'un millier de kilomètres à faire, et les trois quarts du Tour gigantesque bien prés d'être accomplis. Ce sera Nantes, Le Mans, Dreux puis enfin Paris dimanche prochain.

- Henry Dudon

.

* * *

Paris Soir, article du 15 mai 1924

Le Tour de France - Etape 6

Hier mercredi la vaste randonnée qui conduit actuellement les voitures et les motocycles tout autour du pays s'est poursuivie par la sixième étape Toulouse - Bordeaux, soit 488 kilomètres.

 

Ce fut l'un des parcours les plus faciles de la grande épreuve, car les concurrents y trouvèrent presque partout des routes plates, larges, excellentes et entretenues en un état parfait : aimable surprise qui les changea agréablement des parcours précédents, et qui leur permit de réaliser des moyennes considérables, surtout le matin où durant 300 kilomètres la tâche fut des plus aisées.

 

C'est ainsi qu'à Bayonne les leaders Ledure sur Bignan, Despez sur FD, accompagnés des voitures officielles et du motocycliste belge Reynartz, firent leur entrée 5 heures après le départ de Toulouse : ceci fait du bon 66 kilomètres à l'heure de moyenne, et est tout à l'honneur de ces engins qui viennent de parcourir presque sans le moindre repos, près de 3000 kilomètres.

Les autres concurrents en grand nombre, ont réussi 50 kilomètres de moyenne horaire, et méritent la même flatteuse observation.

 

L'étape a fait une seule victime, c'est le vieux champion Dubost qui, avec son sidecar 350 cc ne s'est pas présenté au contrôle de Bayonne. C'est grand dommage, car Dubost avait fait jusqu'ici une course sans histoire, et méritait mieux - par son courage, son endurance et son dévouement - que cette disparition à si peu de distance du retour.

A la suite de cet abandon, il reste donc 33 concurrents, dont 22 motocycles et 11 voitures : 3 concurrents seulement sont pénalisés parmi les rescapés : Berrenger en sidecar de 100 points ; Lejeune et Gubernatis en cyclecar de 200 points chacun. Tous les autres concurrents sont pour l'instant premiers sans pénalisation, ce qui est un résultat extraordinaire et magnifique.

 

Aujourd'hui jeudi, les concurrents se reposent à Bordeaux où le parc fermé-exposition est installé au garage de la Côte d'argent. Ils repartiront demain à 4 heures du matin pour accomplir les 547 km, de la septième étape qui va de la cité girondine au Mans par la Roche-sur-Yon et Nantes.

Lorsqu'ils toucheront au Mans, ils auront abattu 3436 kilomètres, et la fin de la grande randonnée sera bien proche puisque leur restera, seule, la dernière étape, Le Mans-Paris, par Rouen, Evreux, Dreux et Rambouillet, soit 362 km.

 

Signalons à ce sujet, que pour éviter un contact désagréable entre les concurrents de la grande épreuve cycliste Bordeaux-Paris, et ceux du Tour de France, les organisateurs de ce dernier ont décidé avec raison de détourner leurs concurrents. Ces derniers, à partir de Rambouillet, passeront par Versailles, Saint-Germain, Le Pecq, Rueil et le rond-point de la Défense, pour arriver dimanche à la porte Maillot vers 18 heures.

- Henry Dudon.

 

* * *

Paris Soir, article du 17 mai 1924

Le Tour de France - Etape 7

Etape 7 Bordeaux - Le Mans Parcours à vérifier (Niort)

Ce soir, les motos et voitures du Tour de France seront au Mans, but de leur avant-dernière étaoe, après avoir avalé le parcours de Bordeaux à la célèbre cité des poulardes par Nantes.

 

Ce sera encore une rude étape pour les concurrents en raison de sa longueur considérable ; 547 kilomètres. C'est en dehors de l'étape Lyon - Nice - Marseille, la plus longue du parcours ; encore, les motos qui étaient dispensées du crochet par Nice n'ont-elles, jusqu'ici jamais abattu un trajet aussi considérable d'une seule traite au cours de la formidable randonnée.

 

Ils sont partis ce matin, à 4 heiures, au nombre de 38, ainsi qu'ils étaient arrivés avant hier. La journée d'hier, au parc fermé, consacrée pour les motocycles à la visite couturière et sévère des machines, a toutefois amené une nouvelle pénalisation ; celle de Guignet qui récolte 100 points, et c'est encore un chassis de sidecar cassé - le même accident qui survint aux autres sidecars de l'épreuve.

Ainsi chaque étape nous permet de confirmer notre impression première : après 2900 kilomètres de route, pas un moteur n'a défailli, même pas ceux des petites motos 175 cc de Rovin,  dont la performance est extraordinaire, mais certains chassis n'ont pas tenu.

Quelle indication et quelle leçon pour les constructeurs.

 

Sur les 38 partants du Tour, 32 donc sont encore en course. Trois voitures ont jusqu'ici abandonné, et trois sidecars, si bien que pour ces derniers véhicules, Guignet, déjà nommé, reste encore en course. Combien seront-ils ce soir au Mans ?

Pour ceux qui ont tenu jusqu'ici, il serait navrant que l'accident malheureux vint les priver du bénéfice d'un bel effort. Si tout se passe bien pour eux, il ne leur restera plus à faire dimanche que la huitième étape, Le Mans - Paris, par Rouen et Dreux.

 

En tout état de cause, il est hors de doute qu'un nombre important de concurrents vont terminer sans pénalisation, et par conséquent tous premiers ex-cequo. On se demande ce qu'on pourrait bien faire pour départager, dans une épreuve de tourisme, des concurrents qui se tiennent de si près dans la perfection.

- Henry Dudon.

 

* * *

Paris Soir, article du 18 mai 1924

Demain après-midi, vers 18 heures, arriveront à la porte Maillot les rescapés du Tour de France automobile et motocycliste. Combien seront-ils : 31, si la dernière étape ne fait pas de victimes ; tel est en effet le chiffre de ceux qui sont hier soir arrivés au Mans, but de l'avant-dernière étape.

 

Ils étaient partis de Bordeaux au nombre de 32 : un abandon par conséquent ; c'est celui de Guignet dont le cadre du sidecar rompu a provoqué la chute après une collision avec un mur qui mit la machine hors de service. Ainsi des quatre sidecars qui sont partis voici deux semaines, aucun ne terminera le parcours, tous quatre ayant été éliminés par des accidents analogues.

 

Je doute que ces circonstances soient favorables à la cause du sidecar, qui déjà n'est pas chez nous si bien en point. Et comme des incidents de cette nature font toujours une impression considérable sur le public, qui ne compare pas toujours exactement le résultat et les difficultés qu'on trouve à l'obtenir, il est à craindre que le Tour ait porté un assez mauvais coup au sidecar. 

Nous reviendrons à la fin de l'épreuve sur  

 

cela, qui mérite d'être expliqué et commenté, ainsi que bien d'autres observations suggérées par le Tour.

 

Bornons-nous à ajouter que la septième étape, composée en majeure partie de routes excellentes n'a pas amené d'autres perturbations dans le lot des concurrents, tout ceci bien entendu sans préjudice des pénalisations mécaniques que les commissaires porront trouver au cours de la visite qu'ils passeront tantôt au parc fermé installé au Mans à la Halle aux Toiles.

 

Aujourd'hui a été jour de repos avant la dernière randonnée, qui commencera demain matin dimanche, à quatre heures, et se poursuivra sur 362 kilomètres par Rouen (passage à 8 heures), Dreux (arrivée à 9h30, départ à 14 heures), Rambouillet (17 heures) : à partir de Rambouillet, le parcours sera neutralisé et les concurrents arriveront "encadrés" à la porte Maillot vers 18 h15.

 

Gageons que de très nombreux sportmen viendront applaudir les trente courageux qui rentrent après 3800 kilomètres accomplis sur les routes de France.

- Henry Dudon.

 

* * *

Paris Soir, article du 19 mai 1924

Le Tour de France - Etape 8

Dernière étape du Tour de France 1924 A vérifier "Dreux-Rambouillet"

Les concurrents venant du Mans, seront à la Porte Maillot à 18 heures

 

La pièce est jouée ; au moment où paraîtront ces lignes, les concurrents du Tour de France rassemblés à Rambouillet, attendront le dernier signal pour se diriger vers Paris. Quelques kilomètres encore à parcourir, mais sans importance puisque le trajet Rambouillet - Paris est neutralisé.

En fait la gigantesque épreuve est terminée. A combien rentreront-ils ?

Ils ont quitté ce matin Le Mans au nombre de 31, et il serait bien étonnant que la dernière étape fût meurtrière. Non seulement elle est assez facile et relativement courte, mais encore on se doute que l'approche du terminus est le commencement de la sagesse.

De fait, il serait désolant qu'un concurrent ayant fait sans dommage 3400 kilomètres ait des ennuis dans les 300 derniers et perde le bénéfice d'un long et méritoire effort. Soyez persuadés que motocyclistes et automobilistes le savent et se sont fait avant nous des réflexions identiques.

Sauf imprévu, nous auront donc ce soir à la Porte Maillot, où ils toucheront vers 18 heures, 31 arrivants dont 14 motos, 6 cyclecars et 11 voitures.

Il n'est pas sans intérêt de rappeler de ces chiffres le nombre de partants. Voici deux semaines, 38 véhicules quittaient Paris, dont 14 motos, 6 cyclecars, 4 sidecars et 14 voitures. Les abandons, on le voit, ont affecté 3 de ces dernières : quand aux sidecars, il n'en reste plus un seul en course. Nous avons dit hier ce qu'il convient de penser de cette démonstration qui, si elle ne suffit pas à détrôner le sidecar, ne sera pas sans doute sans lui faire un tort énorme.

 

**

 

Repassons rapidement, si vous le voulez bien, comme en un fugitif cinéma, la randonnée des Compagnons du Tour de France.

L'épreuve, on le sait, comportait 8 étapes.

La première les conduisait à Lille : elle fut déjà marquée par des incidents : l'abandon de Roret, la pénalisation de son co-équipier Hatton, tous deux en catégorie voitures.

La seconde étape ne changeait rien à la situation des voitures. Mais les motocyclistes étaient victimes des rigueurs du règlement ; Gheude, en sidecar était pénalisé à la fois pour retard horaire et détérioration mécanique. Deux cyclecars étaient également pénalisés.

Troisième étape : Strasbourg-Lyon. Rien à signaler chez les voitures, Vuilliamy, à son tour était pénalisé en sidecar.

Il abandonnera, ainsi que Gheude, au cours de la quatrième étape : Lyon-Marseille, ainsi que Philippe de Marne (voiture), un des espoirs du Tour. Cela réduit le lot à 34 concurrents. Pas pour longtemps d'ailleurs, puisque l'étape Marseille-Toulouse fait de nouvelles victimes : Hatton déjà pénalisé, abandonne ; Berrenger, en moto, est pénalisé.

La sixième étape amène l'abandon d'un troisième sidecariste, Dubost, et la septième, celui du dernier : Guiguet.

 

**

 

Il est encore trop tôt pour tirer de ce Tour de France les enseignements qu'il comporte, et la prudence seule suffirait à nous inciter à attendre l'arrivée définitive pour exprimer les commentaires qui s'imposent.

D'ores et déjà pourtant, quelques constatations sont permises. Voici les principales :

- 1 - Les sidecars n'ont pas tenu. Nous avons parlé à plusieurs reprises de ce point particulier, et nous y reviendrons.

- 2 - Tous les moteurs ont fait, de même que les mécanismes, une démonstration parfaite. Gros progrès dans l'ensemble de la fabrication.

- 3 - Les plus petites machines engagées, les motos de 175 cmc, ont fait un Tour de France impeccable, et qui témoigne de qualités exceptionnelles. Imginez-vous ce que représente le fait de s'embarquer pour un Tour de France de 3800 kilomètres avec une toute petite machine d'un modèle nouveau, dont l'unique cylindre est gros comme un verre à boire...dont vous ne voudriez pas tant il est petit. C'est une magnifique audace sportive. C'est pourtant ce qui vient d'être tenté et réussi !

Voici peu de temps encore, une telle tentative eût semblé folle, et à bon nombre de gens, aujourd'hui encore, elle a paru quelque peu imprudente. Il n'en est pas moins vrai que le constructeur qui l'essaya a gagné...

- 4 - Et ce sera notre dernière observation pour aujourd'hui, les routes ne sont pas toujours aussi mauvaises qu'on veut bien le dire. Certes, les concurrents ont, en maints endroits trouvé des chemins très durs, où les machines ont assez souffert.

Mais, à côté de cela ils ont connu, spécialement dans l'Ouest et le Sud-Ouest de grandes routes qui étaient, suivant la formule consacrée, comparables à de véritables billards. Tout cela témoigne de la besogne de réfection de notre réseau d'un effort considérable auquel l'intervention des clubs locaux n'est sans doute pas étrangère.

 

**

 

Et maintenant, souvenez-vous que tous ceux qui rentreront ce soir, à 18 heures, à la Porte Maillot, viennent d'abattre environ 3800 kilomètres. N'oubliez pas qu'ils ont connu les mauvais chemins, les intempéries, la poussière et le soleil. Songez qu'ils ont bien et activement travaillé pour la propagande dont l'industrie automotocycliste a grand besoin, mais aussi qu'ils viennent de faire sur ce vaste circuit d'endurance, quelque chose de très "sport". Et n'hésitez pas à venir les applaudir.

- Henry Dudon.

 

* * *

Paris Soir, article du 20 mai 1924

Porte Maillot Source Gallica

La grande randonnée de 3.800 kilomètres qui a promené - si l'on peut dire - les motos et les voitures sur toutes les routes de France et dans les principales villes, s'est terminée hier, à la porte Maillot, où un public nombreux était venu recevoir les 31 concurrents qui ont terminé le rude parcours.

Nous nous bornerons, pour aujourd'hui, à rappeler brièvement les résultats de cette grande épreuve, après avoir dit que son organisation fut en tous points parfaite, grâce aux efforts du Motocycle Club de France et de notre confrère l'Auto, qui se sont partagés la tâche. Et nous remettrons à demain les commentaires qu'impose une si vaste épreuve.

Donc, sur 38 concurrents partis, voici deux semaines, 31 sont rentrés. 

Les sept abandons sont ceux de quatre sidecars figurant dans l'épreuve, et de   

 

voitures.

En cyclecars comme en motos, même des plus petites cylindrées, pas un abandon, ce

qui est tout bonnement admirable.

En motos 175 cc, deux seules machines engagées par Rovin : toutes deux non pénalisées après une marche admirable.

En motos 250 cc, deux engagées seulement aussi, les Soyer : également sans pénalisation.

En motos 500 cc, deux non pénalisés, Naas et Bernard (Gnôme et Rhône) ; Berrenger (BSA) est troisième, avec 100 points.

En motos 750 cc, le seul engagé, Pinney (Triumph), est sans pénalisation.

Les quattre quadrilettes Peugeot qui ont couru en cyclecars 750 cc, de même que les deux engagés en voiturettes 1.100 cc, sont dans le même cas.

Deux cyclecars ont couru en 1.100 cc, Cibernatis (BNC) est premier et Lejeune (BNC) second.

Tous les autres arrivants sont aussi vierges de toute punition. Ce sont en voiturettes 1.100 cc : Franville (Ponette), Marandet et Erb (Sara), Egar (BNC), Delzenne (Antony) et Robert (Kevah) ; en 1.500 cc : Desprez (FD) ; en voitures 2 litres : Duval (Hurth) et Ledure (Bignan).

A demain donc quelques appréciations sur la tenue et les performances des concurrents.

- Henry Dudon.

 

 

* * *

Paris Soir, article du 21 mai 1924

Voici donc terminé, dans une véritable fête mécanique, le troisième Tour de France des motocycles et des voitures. Ayant profité d'une organisation parfaite pour laquelle il convient de rendre un vif hommage au Motocycle Club de France, et à notre confrère l'Auto.

 

C'est maintenant, croyons-nous, le moment de passer une rapide revue de ces dernières. Et comme il se doit, logiquement, nous ferons la plus belle part aux "tout petits" ; il s'agit des petites motos Rovin, de 175 cmc de cylindrée dont les pilotes Raoul - avec ses 85 kilos ! - et Chéret terminent sans pénalisation.

Au départ, personne ne croyait cela possible et j'avoue avoir été moi-même tout ce qu'il y a de pessimiste, il a bien fallu changer d'avis, depuis, et Rovin a fait mentir les augures avec un brio qui ne nous surprend pas, étant données ses performances antérieures.

 

Dans les autres catégories de motocyclettes, magnifique démonstration d'ensemble. Encore deux toutes petites machines de 250 cmc, les Soyer, qui n'ont pas de pénalisation et sans avoir à aucun moment fait parler d'elles - je veux dire dans le mauvais sens, et pour cause, de pépins.

 

Même observation pour les 350 cmc, ou toutes les machines engagées : 2 Gillet-Herstal, 2 DFR, 1 BSA et 1 BT, confiée au vieux champion Lambert, sont à l'arrivée et sans la moindre peine. On le voit, toutes les catégories de faible cylindrée, toutes les machines ont fait merveille, et c'est là le gros enseignement du Tour de Frence : les "toutes petites" des maisons maîtresses sont de véritables engins de grand tourisme.

En moto 350 cmc, deux as qui ont nom Naas et Bernard, sur deux machines impeccables que sont les Gnôme-Rhône ; en 750 cmc, le flegmatique Pinney sur sa Triumph sont, comme toujours, au premier rang des vainqueurs.

 

Les quatre Quadrilettes Peugeot engagées en cyclecars 750 cmc ont fait une course d'équipe en tous points remarquable. Marchant de converve sous la haute surveillance du champion André Boillot, faisant leur entrée ensemble au contrôles, elles ont terminé bien entendu sans pénalisation. Elles auront fait là, du bon travail pour la diffusion de la grande firme française.

 

En cyclecars 1.100 cmc, belle marche des BNC, la jeune marque de cyclecars et de voiturettes à laquelle M. Lucien Bollack a su donner une vigueur extraordinaire, la faisant s'imposer dans un moment difficile, ses deux véhicules inscrits dans cette catégorie à l'arrivée et aux premières places. La troisième machine  - en voiturettes 1.100 cmc, est là aussi bien entendu, sans pénalisation et première. Concécration légitime d'une formule qui a fait le succés de BNC : après de longues études, livrer un véhicule qui, d'enblée sort parfait...

 

Un mot, maintenant que nous arrivons aux voitures 1.100 cmc, pour les deux Quadrilettes Peugeot, conduite intérieure, qui ont couru - et gagné - dans cette classe, toujours avec leur moteur 666 cmc, notez-le. Elles ont été les égales de leur =s soeurs cyclecars, ce qui n'est pas peu dire, et ont été très remarquées.

 

Il convient  de couvrir de fleurs, en bloc, tous les les autres arrivants qui, tous, sont sans pénalisation. Ce sont : Franville (La Ponette), Robert (Kovat), Delzenne (Antony), Desprez (FD), Duval (Hurtu) et Ledure (Bignan). Tout cela a constitué un lot de premier ordre de machines ignorant le moindre ennui, toutes capables de faire plus et mieux que les conditions du Tour de France, pourtant fort dures, ne l'exigeaient, et pilotées par des hommes ignorant la plus petite défaillance.

Véhicules de classe, dont les constructeurs tireront, de cette belle démonstration de légitimes succés commerciaux.

C'est le voeu que nous formerons en terminant pour tous les "compagnons du Tour "qui ont assuré leur propre réussite en contribuant à celle de la grande randonnée.

- Henry Dudon.

 

Ch 1 - Vitesse
-- Haut de page --